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L'assassinat d'Henri IV est-il le signe d'un échec ? |
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Le premier août 1589, le dominicain Jacques Clément parvient à blesser mortellement Henri III lors d'une audience. Cet acte est largement approuvé par tous les catholiques radicaux regroupés dans la Ligue, qui considèrent le roi comme parjure au serment de protéger l'Église, prononcé à son sacre de 1574. Ils comprennent ce geste non comme un meurtre mais comme la sentence du jugement de Dieu. Le 14 mai 1610, François Ravaillac, catholique exalté resté fidèle aux idéaux de la Ligue, profite des embarras des rues de Paris pour poignarder Henri IV, qui avait échappé de justesse à deux attentats en 1593 et 1594. Contrairement à ses espérances, son geste n'est pas perçu comme libérateur, mais totalement désapprouvé par un peuple satisfait de la fin des guerres civiles et de la restauration politique et économique menée depuis 1 598. Ce contraste saisissant souligne ainsi la profondeur de la crise qui atteint la monarchie à la fin du XVIe siècle. Si le meurtrier d'Henri III a rencontré une aussi forte approbation, c'est que la justification du tyrannicide a été développée, surtout par des jésuites espagnols. Pourtant, le débat sur la légitimité de la rébellion contre l'autorité royale est d'abord né, après la Saint-Barthélemy, dans les milieux protestants qui ont redonné vigueur à la théorie du contrat déjà présente chez Saint-Thomas d'Aquin au XIIIe siècle. Si Dieu est bien la source de tout pouvoir, il le délègue au peuple qui, pour maintenir l'ordre social, se donne un roi qui doit respecter les droits de Dieu et des sujets. S'il s'avère que le souverain défaille en décidant par exemple un massacre comme celui de 1572, il cesse d'être roi pour devenir un tyran, rompt le contrat initial et mérite donc d'être déposé. Lorsqu'il s'est avéré que Henri de Navarre, chef du parti calviniste, risquait de devenir roi de France, les ligueurs ont repris ces thèses à leur compte en les radicalisant. Derrière ces drames se profile tout un débat politique constitutionnel sur la nature de la monarchie. Les adeptes de la monarchie tempérée, c'est-à-dire du système dans lequel le roi partage le pouvoir avec les ordres de la nation (états généraux et provinciaux) et se contente d'harmoniser les relations des corps et communautés jouissant d'une large autonomie, sont les plus à même d'entendre le discours du tyrannicide dans le contexte de la crise religieuse. Ceux qui défendent l'idéal de la monarchie absolue, c'est-à-dire du pouvoir royal délié des lois, ne peuvent admettre une telle interprétation. Leur triomphe, après l'échec de la Ligue en 1598, explique pourquoi le geste de Ravaillac est resté incompris. Acte anachronique, il ne pouvait plus être validé par un peuple gagné à l'idée d'un État fort. |